J’ai fermé les yeux.
Elle, lui, je ne sais pas. C’est planté devant moi. C’est l’été je crois. Je ressens la chaleur du soleil sur mon bras nu. J’entends le cri des mouettes et je sens l’iode qui parfume le reflux des vagues. Cette odeur bien particulière.
Ma vie est morcelée. Éparpillée aux quatre vents. Je ne sais plus qui je suis. Je suis perdu. Parfois je crois me retrouver, cela dure une seconde tout au plus. Une sensation, un frisson puis c’est de nouveau le néant.
Je tiens avec quelques morceaux, quelques bribes de mémoire. Des photos instantanées de moments probablement vécus qui me reviennent dans un flash. Je ne peux même pas être sûr qu’il s’agit de moments réels. Et jamais aucun visage ne m’est apparu. Aucune voix non plus. Toujours, toujours, les personnes de mes flashs sont floues. Vaporeuses. Inconsistantes. J’ai l’impression que je pourrais passer à travers.
Jusqu’ici aucune de ces visions éclair ne m’a permis d’identifier quoique ce soit. Aucun lieu, rien. Elles sont tellement rapides que je finis par les oublier.
Oui, j’ai pensé à les noter. Mais des pages entières d’impressions fugaces comme “odeur de café, souffle du vent, j’ai froid, il fait presque nuit”, ne mènent nulle part.
Alors, j’erre.
Cette petite ville d’Italie est devenue ma nouvelle maison. C’est ici que je me suis réveillé. Ici, personne ne m’a reconnu et tout le monde me regarde de travers.
Ma peau est noire, je ne parle pas italien, je suis probablement un étranger. Le fait que je ne sache pas expliquer ce que je fais ici n’aide pas à rassurer les 100 âmes de ce hameau perdu.
Je me suis réveillé dans un lit, dans la chambre d’une petite maisonnette tout en haut d’une colline, un peu en retrait du village. Je n’ai rien reconnu à mon réveil. Ni l’endroit, ni mon reflet dans le miroir. J’ai hurlé, surtout au début. Je pleure encore beaucoup.
J’ai l’impression d’être né dans ce corps d’adulte et me retrouve désespérément seul. Sans histoire. Sans vécu.
Je suis vide.
Ce qui est étrange c’est que je sais des choses. Je sais qu’il me faut aller aux toilettes. Je sais me servir d’une cafetière ou m’habiller. J’ai reconnu l’Italie sur la carte au mur du bistro de la place principale. Mais certaines choses m’échappent. Dès qu’il s’agit de moi, c’est le vide. C’est tout blanc. Je ne sais même pas quelle langue je parle !
Vous êtes la première personne que je croise et qui comprend ce que je dis.
Mais au fait ! Quelle langue parlons-nous ?!
Sujet 33X19I. Propos recueillis le 29 Décembre 2073 à Pistoya, Italie.

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.





Laisser un commentaire