Je m’en rappelle encore. Elle m’avait sortie du noir et la lumière m’avait éblouie. J’entendais son rire pour la première fois et il faisait battre mon coeur. Enfin, enfin, je pouvais vivre. Je faisais tourner le monde autour de moi chaque fois que d’une caresse, elle me prouvait son amour. Elle était fière de moi. Elle me montrait à tout le monde, à toutes ses copines, mais personne d’autre qu’Elle ne pouvait me toucher. J’étais à elle, je lui appartenais et cela faisait mon bonheur.
Oh oui quel bonheur de se savoir aimée, de se savoir précieuse, de se savoir protégée. Quel bonheur, de partager un moment avec elle, de lui procurer du bonheur chaque fois que ses yeux trahissaient la mélancolie grâce à ma douce mélodie.
En faisant tourner le monde j’apaisais ses chagrins. En faisant tourner le monde je lui rappelais de joyeux souvenirs. J’étais sa confidente, l’amie capable de ramener le sourire sur ses lèvres. J’étais précieuse, nous étions heureuses et je tournais, tournais au son de la vie.
Et puis un jour, tout s’est arrêté. J’ai entendu des voix et puis ce fut le noir. Mon coeur s’est arrêté de battre. Je prenais la poussière, le monde ne tournait plus, Elle avait disparu.
Incapable de me mouvoir sans elle, je noyais mon chagrin à l’intérieur. Je me sentais seule, inutile, perdue dans cette pénombre, rongée par l’angoisse.
Mais aujourd’hui, c’est la délivrance enfin ! On m’a sorti du noir et posée dans le jardin. Plusieurs voix s’amusent autour de moi. Une fluette demande “c’est quoi ça Mamie ?”. Je sens Ses mains, j’entends Sa voix et enfin, enfin ! Je me remets à faire tourner le monde. Mon cœur bat de nouveau, je me remplis de joie. Tourne ! Tourne ! C’est la vie qui revient ! Les couleurs défilent, la musique reprend, tourne encore !
Mais quand la musique s’arrête, je suis de nouveau seule, ils se sont tous éloignés. Les grands et les petits. Seule au milieu du jardin. La nuit tombe et j’attends.
Soudain, je sens une main. Enfin ! C’est Elle, elle vient me chercher, elle ne m’a pas oubliée. Le contact est froid. Aucun sourire, à peine un regard. Nous rentrons à la maison. Un faux pas et sa main me lâche. C’est la chute.
Fracture.
L’atterrissage fut brutal et me voilà brisée. Je perds une partie de moi-même, ma raison de vivre, mon essence. Le pied qui me permettait de faire tourner le monde s’est cassé net sous le choc.
La musique est éteinte à jamais. Plus jamais je ne pourrais faire tourner le monde.
C’est la fin, je le sais.

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