Il peut s’en passer des choses en 10 minutes… Je n’arrive pas à croire que ma vie a pu basculer si vite. Quelques mots, un instant suspendu, beaucoup trop d’émotions et voilà.

Il y a 10 minutes j’étais un mec paumé, paumé dans la vie, paumé pour tout ses proches, paumé pour lui-même. J’avais cette impression collante que je n’avais pas ma place dans ce putain de monde. Poisseuse.

Chaque nouvelle journée était comme un nouveau niveau dans un jeu vidéo prise de tête. Genre point and click de la fin des années 1990. Le genre où tu te prends la tête des nuits entières pour savoir comment est-ce que tu vas faire rétrécir un pull pour pas que le hamster prenne froid dans la roue qui lui sert à alimenter le micro-ondes.

Il y a 10 minutes, tout le monde m’aurait regardé avec des yeux ronds parce qu’ils n’auraient pas pigé la référence. Ils auraient tous levé les yeux au ciel et se seraient éloignés. Certains d’eux auraient presqu’eu pitié et m’auraient simplement dit de faire un effort pour m’intégrer et d’arrêter d’être tout le temps si bizarre.

Mais pas elle. Elle, elle a ri. Elle m’a fait un clin d’oeil et elle m’a dit :

“J’ai adoré Day of The Tentacle, je crois bien que c’est l’un de mes jeux préférés. Avec Toonstruck sûrement. J’aime bien leur côté déjanté.”

J’étais scié.

Deborah MacMillan, Arrivée au bahut y a p’tet 2 mois. Une p’tite meuf brune, yeux noirs pénétrants, et une putain de voix. Grave, profonde, j’adore.

La première fois que je l’ai vue, j’ai tout de suite été sous le charme. Elle était dans un groupe à discuter devant le lycée mais… je sais pas, y avait un truc différent chez elle. Elle se détachait vraiment du groupe. Elle est vraiment canon. Mais pas le genre couverture de magazine. Plutôt le style de charme qui vous ravage l’intérieur alors que vous n’arrivez pas à trouver de raison rationnelle à ça. Naturelle en fait.

Deborah MacMillan aime les jeux vidéos….

Mieux ! Deborah MacMillan a une vraie culture vidéoludique et elle aime les point and click. Pas comme tous les bourrins qui passent des heures à se faire sauter le caisson dans leur réplique de seconde guerre mondiale et hurle à la nullité dès qu’il faut réfléchir un peu. Ou qui sont incapables de s’extasier devant un beau gameplay, une belle mise en scène, ou un putain de concept révolutionnaire.

Y a dix minutes, Deborah et moi on a parlé de ça. Et de pourquoi je préférais m’évader dans des mondes qui n’existent pas plutôt que d’affronter celui-là. Plutôt que d’avoir à faire semblant d’être quelqu’un d’autre pour m’intégrer. Plutôt que d’avoir à me transformer en bouffon bas du front pour bien faire comme tout le monde et pas déranger.

Je préfère déranger et rentrer me terrer chez moi peinard mais pas me sentir sali par la connerie humaine. Je préfère qu’on me chourre des trucs, qu’on me mette des tapes derrière la tête, ou qu’on rigole sur mon passage. Ouais, je préfère ça.

Je lui ai pas vraiment raconté tout ça. Pas comme ça. Mais en gros, on a parlé de ça.

Et elle m’a dit qu’elle me comprenait.

J’ai halluciné.

D’habitude le peu de gens qui sont restés suffisamment longtemps avec moi pour que je leur déballe mon impression de pas être à ma place en ce bas monde se sont excusés gentiment, en prétextant avoir un truc à faire, pour se casser et plus jamais m’adresser la parole. D’ailleurs y en a plein d’entre eux qu’ont rejoint la bande qui rigole sur mon passage.

Mais pas Deborah. Deb, elle est restée et elle m’a dit qu’elle ressentait la même chose.

Elle m’a dit qu’elle m’admirait parce que elle, elle avait pas le courage de pas faire semblant et de se prendre les moqueries en face. Que c’était trop dur pour elle. Qu’elle avait vraiment peur de se retrouver seule.

Je lui ai répondu que j’étais touché qu’elle me dise ça. J’ai jeté un oeil autour, tout le monde avait les yeux rivés sur nous. La nouvelle meuf canon et le weirdo qui papotent, installés à la même table à la cantine, forcément on était l’attraction de la pause déj. Alors je lui ai dit que vaudrait mieux qu’elle aille s’asseoir ailleurs si elle voulait pas que ma sale réputation lui déteigne dessus.

Alors elle a mit sa main sur la mienne et elle a dit qu’elle voudrait bien ne plus faire semblant. Qu’elle en avait marre de mettre un masque tous les matins pour plaire à tout le monde. Et que si je voulais bien, je pourrais être celui avec qui elle ne serait pas seule.

10 minutes que j’oublierai jamais.

Cette histoire a été écrite en 10 minutes, pas une de plus

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Tendances