Jean se pensait banal. Le genre de gars dont personne ne se rappelle. Le genre dont le téléphone ne sonne jamais.
Il voyait bien qu’autour de lui chacun avait l’air spécial. Que chacun avait son truc. Sa soeur était devenue l’avocate renommée dont elle rêvait petite. Son frère avait monté son studio de jeux vidéo et tout marchait bien pour lui. Ils étaient tous les deux heureux et avaient l’impression d’avoir trouvé leur place.
Jean, lui, se contentait d’errer dans la vie. Tel un vagabond, il avançait sans but, faute d’en avoir trouver un.
Il cherchait pourtant. Sous ses airs de ne pas y penser, une bonne partie de son activité cérébrale était dédiée à résoudre sa grande énigme : “Quelle est ma place dans ce monde ?”
Ses neurones s’épuisaient à trouver la réponse à cette question. Et cela déprimait Jean. Il ne voyait pas qu’elle était sa grande mission. Il n’avait pas de passion particulière. Chaque fois qu’il entendait quelqu’un parler de trouver “sa voie”, ce qui nous fait vibrer, cela lui donnait envie de pleurer.
Etait-il si vide que rien ne pouvait le faire vibrer ?
Jean était persuadé d’être quelconque et avait perdu l’espoir d’être autre chose qu’un individu lambda perdu sur les sentiers de la vie. Condamné à voir les autres profiter et trouver de la saveur dans ce qui lui paraissait si fade.
Il enchaînait les boulots ingrats et rentrait chaque soir se réfugier chez lui.
Là, confortablement installé dans son canapé, il fermait les yeux et imaginait des histoires où des personnages poignants, attachants, vivaient des aventures passionnantes.
Il adorait ses histoires.
Elles lui permettaient de s’évader de la réalité. De sa réalité. Elles étaient sa parenthèse de bonheur à la fin de ses journées grises.
Jean ne savait pas que d’autres auraient voulu s’évader dans ses histoires eux aussi.

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