Il commençait à se faire tard. La lumière blafarde des lampadaires laissait voir les fines gouttes de pluie qui rendait la soirée fraîche et humide. Cigarette à la bouche, cela faisait vingt minutes d’une bonne marche qu’il traversait la ville. Il tourna au coin de la rue Mazagran et sonna au numéro 10. Il se secoua pour enlever l’eau de son blouson de cuir. Quelqu’un décrocha à l’interphone :

  • “Allo ?
  • C’est Alex.”

Le bip signalant l’ouverture de la porte magnétique retentit. Alex jeta sa roulée qui s’éteignit au contact du bitume mouillé et entra dans l’immeuble. Il gravit les cinq étages et poussa la porte entrouverte du numéro 36. Sur un fond musical, il entendait des rires provenant du salon. Claquant la porte, il s’y dirigeait quand Nathalie vint lui claquer la bise :

  • “Désolée, j’ai pas pu t’accueillir, y avait urgence en cuisine. J’espère que t’aime la pizza cramée !” plaisanta t-elle.

Il s’esclaffa. Il la trouvait belle avec ses boucles ébènes et son rire cristallin.

  • “T’inquiète ! Après quelques bières ça passera nickel ! J’en ai ramené d’ailleurs, je mets ça où ?”

Il souleva le pack de 12 qu’il transportait depuis chez lui, pas fâché de pouvoir s’en débarrasser.

  • “A la cuisine ! Viens, suis-moi.”

Il lui emboîta le pas. En chemin, il fit la bise à Paulo et Antoine, deux amis dont il était inséparable depuis le lycée. Il y avait aussi deux filles qu’il ne connaissait pas : Myriam et Karine.

  • “Enchanté !”

La cuisine, avec sa double fenêtre, avait été élue coin fumeur de l’appartement. Une épaisse fumée habitait les lieux et semblait étouffer les conversations. Alex posa les bières au réfrigérateur et s’en pris une fraîche parmi celles qui étaient déjà là. Il trinqua avec Nathalie pour la remercier de l’invitation mais la sonnerie de l’interphone mit fin à la conversation. Après un regard circulaire dans la pièce, Alex alla rejoindre sa bande dans le couloir.

  • “Alors les gars, ça fait longtemps que vous êtes là ou quoi ?
  • Ch’ais pas, une demie-heure p’tet. Lui répondit Antoine entre deux gorgées de bière.
  • Y a de l’ambiance ?
  • Ouais ça va. Y a moyen de passer une bonne soirée j’pense. Enfin pour toi, vu que c’est chez Nathalie, t’étais assuré de kiffer ! Hein mon cochon ? dit Paulo l’air taquin.
  • Putain, arrête de m’charrier ! En plus elle est juste derrière, t’abuses !”

Il se retourna, l’air penaud, pour vérifier que cette dernière n’avait rien entendu. Elle discutait avec le couple de nouveaux arrivants.

Il fut captivé par le son de sa voix tandis que son regard s’attardait sur la courbe de ses hanches. Un coup de coude le tira de sa rêvasserie.

  • “Vas-y arrête de la mater, tu baves ! le charria Antoine
  • C’est clair, t’es trop cramé ! renchérit Paulo
  • Tu tiens plus là, lance toi à l’eau mon gars ! Va la pécho! “

Alex rougit et rentra sa tête dans ses épaules, gêné.

  • “Ch’ais pas…
  • Qu’est-ce que t’as à perdre ? Sérieux ? interrogea Antoine
  • Ah mais fous-moi la paix ! Ch’ais pas ! s’énerva Alex
  • J’veux dire. C’est pas comme si vous étiez des supers bons potes de ouf ou que c’était ta boss ou quoi. Au pire tu te prends un rateau mon vieux.
  • Mais oui ! Lance toi ! Au moins tu seras fixé. Si ça marche t’as tout gagné, si ça foire tu pourras passer à autre chose ! lança Paulo
  • Ah ouais ? Comme toi avec ta Sandy ? Rien que tu nous saoules !
  • Hey ! Ca c’est un coup bas mon gars ! Et Sandy c’est pas pareil ! J’ai vraiment eu une histoire avec ! Toi tu fais que fantasmer. Alors la ramène pas avec Sandy ! répliqua Paulo avec une pointe de colère.
  • Ok, ok, j’avoue. T’as raison.” admit Alex.

La réplique avait fait mouche. Alex se fit pensif un moment avant de lancer :

  • “Ok mais bon. Laissez moi finir ma bière !
  • Aaah voilà ! Ca c’est bien ! Un p’tit peu de désinhibition et après tu fonces ! rigola Antoine.

Paulo et lui allèrent se chercher une autre bière pour accompagner Alex. Ils discutèrent des nouvelles du quartier, des actualités et de musique tout en fumant quelques cigarettes. Antoine, qui avait bien l’intention qu’Alex tienne parole, surveillait régulièrement sa bouteille. Aussi quand elle fut finie, il revint à la charge :

  • “Allez mon pote ! C’était ta dernière gorgée avant le grand saut !
  • Sois un homme mon frère” ajouta Paulo.

Alex pris une grande inspiration et chercha Nathalie du regard. Elle n’était plus dans la pièce. Il se lança dans l’exploration de l’appartement, se dirigeant vers la musique dont le niveau sonore s’était considérablement élevé. Dans le couloir qui menait au salon, des photos étaient accrochées aux murs gris clair. On y voyait Nathalie avec des amies en vacances. Parmi elles, on y reconnaissait Karine, la fille qu’il avait salué en arrivant. Il y avait aussi une photo de famille, prise probablement devant la maison familiale. Quelque part en Bretagne aurait dit Alex en remarquant le toit fait d’ardoises.

Arrivant dans le salon, Alex trouva Nathalie en train de se trémousser sur un hit des années 90. La pièce avait été aménagée pour l’occasion. Les meubles avaient été déplacés de façon à créer un espace où l’on puisse se poser dans le grand canapé et un où l’on pouvait danser.

Nathalie et lui avaient déjà dansé ensemble. C’était à l’anniversaire de Marjorie, une amie commune qui n’avait pas pu venir ce soir. Lors de cette soirée, ils avaient parlé de tout et de rien. Ils avaient été complices et avaient partagés de beaux fous rires. C’est ce qui lui valait d’être ici.

Il avait espéré cette invitation comme un enfant espère un cadeau à Noël. Le souvenir de cette soirée l’avait hanté. Nathalie n’était plus sortie de ses pensées.

Il prit le rythme de la musique et marqua la cadence de ses épaules. Il commença quelques pas de danse tout en se faufilant parmi les autres invités pour s’approcher d’elle. A l’entrée de la pièce, Antoine et Paulo l’observait en gloussant.

Alex n’était pas mauvais danseur. Aidé de la bière qu’il venait de déguster, il chercha à attirer l’attention de Nathalie. Quand ses yeux croisèrent ceux, marrons clairs, de la jeune fille, son coeur ne fit qu’un bond.

  • “Hey Salut toi ! lui fit-elle en se rapprochant
  • Salut !
  • Tu danses toujours aussi bien je vois !
  • Merci.” Il sourit.

Il était à l’aise sur le R’n’b. Il avait grandit entouré de ses soeurs sur tous ces tubes et savait se débrouiller, c’est vrai.

Ils dansèrent une dizaine de minutes en se chuchotant des banalités à l’oreille à cause de la musique trop forte. Nathalie proposa une pause “clope et glou” et ils rejoignirent le calme relatif de la cuisine. Celle-ci s’était un peu vidée avec la transformation en discothèque du salon. Il y avait là Jeanne, une fille qu’il croisait de temps en temps aux soirées. Elle discutait avec un inconnu. A la fenêtre, un groupe de 3 personnes faisaient tourner un joint.

Alex tendit une bière à Nathalie avant de s’en servir une. Ils reprirent leur conversation alors qu’elle allumait une cigarette, adossés au plan de travail tout en longueur de la grande pièce. Le courant passait bien. Aucun n’avait besoin de se forcer ni de jouer un rôle. Nathalie émit l’idée de demander aux trois du fond s’ils pouvaient se joindre à eux. Alex suivit et tira sur le pétard qu’on lui tendait. Une fois que celui-ci fut consumé, après avoir fait le tour du petit groupe, ils rejoignirent de nouveau la piste de danse.

Plus l’heure avançait, plus les départs s’enchaînaient. Toujours vaillants sur les quatre heures du matin, seuls restaient Nathalie, Alex, Antoine, Paulo et Karine.

Les filles étaient au salon et discutaient. Quelques éclats de rire déchiraient parfois l’étrange calme qui s’était installé après cette folle soirée.

Les garçons, installés dans la cuisine, jouaient de nouveau les agences matrimoniales :

  • “Ben alors ? Qu’est-ce que t’attends là ? s’impatientait Antoine
  • Attend, déjà il a pas fait la fiotte, il l’a collée toute la soirée ! défendit Paulo
  • Mais oui ! Mais justement ! Ca veut dire que c’est tout bon ça mon gars ! Une meuf qui veut pas de toi, elle passe pas toute une soirée, en plus chez elle, avec toi. Alors bouge toi ! Make the first move man ! comme dirait… un américain.
  • Putain mais vous m’lourdez là ! s’énerva Alex. J’irais quand j’le sentirai ! Quand ce sera le bon moment, c’est tout. Foutez-moi la paix !
  • Oh c’est bon c’est bon, mais vu l’heure, attends pas qu’elle joue la Belle au Bois Dormant.”

Antoine rigola de sa propre blague. Paulo lui signifia d’un geste de la tête qu’elle n’était pas drôle. Ils rejoignirent les filles au salon.

Avec un grand sourire à Nathalie, Karine se leva aussitôt qu’elle vit les garçons

  • “Ah vous tombez bien ! J’allais partir !”

Elle vint leur faire la bise mais arrivée à la hauteur d’Antoine et Paulo elle les attrapa par le bras et chuchota :

  • “Déconnez pas hein ! Squattez pas comme des crevards ! C’est chaud là !”

Ils pouffèrent de rire.

  • “T’inquiète. On finit nos bières et on s’casse. Ca fait moins cramé et en plus ce serait gâché sinon”. répondit Paulo

Elle leur claqua la bise et quitta l’appartement.

Alex s’était installé dans le canapé à côté de Nathalie et avait passé son bras par dessus ses épaules. Antoine et Paulo s’installèrent sur des chaises en face d’eux. Les discussions reprirent. Sur la politique, le réchauffement climatique, les envies de liberté. Le genre de débats enflammés que l’on peut avoir à quatre heure et demi du matin. Nathalie était venue se lover contre Alex. Leurs bières finies, Antoine et Paulo annoncèrent leur départ en envoyant des baisers au couple naissant pour ne pas le déranger. La porte claquée derrière eux, Alex se redressa pour regarder Nathalie dans les yeux :

  • “Ca te dérange pas si je reste dormir là ?
  • J’avais peur que tu me le demandes pas !”

Il se pencha pour l’embrasser, elle se pencha à son tour. Ce fut un baiser long et tendre. De ceux où l’on apprend à se connaître, à s’apprivoiser. Leurs mains prenaient elles aussi leurs marques sur le corps de l’autre. D’abord timides, puis plus assurées, elles caressaient, étreignaient et fouillaient maintenant sous le tissu. Et tandis que leurs baisers devenait torrides, leurs lèvres se séparèrent pour laisser passer chemise, tunique et soutien-gorge qui tombèrent au sol. Tous les deux à genoux face à l’autre dans le canapé, ils s’exploraient maintenant sans retenue. Bouches et mains goûtant l’autre avec envie. Et pendant que leurs bouches s’affolaient, leurs mains descendaient plus bas. Toujours plus bas. Le tissu devenant une barrière intolérable entre leur deux corps, ils entreprirent de s’en débarrasser mutuellement. Il l’allongea sur le canapé, en profitant pour caresser ses seins de sa langue puis descendit sur son ventre en petits baisers avant de lui enlever le legging noir qui avait flatté ses fesses rondes tout au long de la soirée.

Elle se releva immédiatement pour ne pas lui laisser l’avantage et descendit ses mains sur son Levi’s tout en collant sa poitrine chaude sur son torse nu. Elle lui tâta les fesses en pouffant de malice puis ramena ses mains sur le devant. Là aussi elle tâta, mais elle ne pouffa pas. Elle plongea un regard félin dans celui d’Alex et descendit sa braguette d’un coup sec.

Un cri déchira la nuit.

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